La Voyance

Publié le par

les mirages de la voyance

Il y a quelques temps, je visitais la Floride avec mon étalon lorsque, lancés à pleine vitesse sur la route des Keys dans notre décapotable rouge-sang, nous remarquâmes un groupe de panneaux publicitaires ventant les compétences de divers «psychists » de la place.

Aux Etats-Unis, les psychists sont l’équivalent français des voyants et médiums. Après investigations orales auprès de certains autochtones, nous apprîmes qu’à la fin du 19esiècle, le dénommé George P. Colby – connu dans les milieux spirites de l’époque pour ses dons divinatoires – avait fondé une petite communauté dans le nord-est de la Floride, sous le nom de Cassadaga. Après avoir attiré un nombre important de médiums du monde entier, l’endroit avait été baptisé « Psychic Capital of the World ».

J’y vis là l’opportunité de pousser mes expérimentations dans le domaine des sciences occultes, puisque le destin semblait m’offrir un coup de pouce dans ma quête de LaConnaissance Ultime. Exaltée par cette idée, je fis appel à un certain talent oratoire – autrefois affuté devant les tribunaux – pour convaincre Etalon qu’il fallait prendre rendez-vous au plus vite avec l’un de ces êtres gorgé de pouvoirs surnaturels.

Le lendemain, rendez-vous fut pris avec celle que, pour les besoins de la cause, nous appellerons Irma. Après avoir sollicité un rendez-vous de 30 minutes pour bénéficier des lumières transcendantales de la spirite contre la modique somme de 50 dollars, je me rendis donc jusqu’à la roulotte des réjouissances, accompagnée de mon amoureux.

Au moment de la poignée de main qui scellerait notre rencontre, Irma s’exclama n’avoir jamais croisé pareille aura, dont la pureté et la puissance vibratoire la laissait pantelante. Après cet accueil plein de spontanéité, je pénétrai dans la roulotte magique : un bureau en préfabriqué, avec, placardés aux murs, des dessins de chakras et de bonhommes en pleine méditation.

Comme pour imiter les images que me renvoyaient les parois, je me glissai dans un confortable silence, l’âme ouverte aux perles de sagesses qu’Irma voudrait bien y planter.

C’est alors que je réalisai avec horreur qu’Irma était en tain de franchir la ligne rouge. Plutôt que de me transmettre d’elle même, en sa qualité de médium, les informations dont mon âme avait besoin pour fleurir tel un rosier en été, elle se mettait à me poser des questions.

J’étais venue la voir pour recevoir des informations, et la voilà qui me demandait de lui en donner !Loin de deviner ma vie, mes choix, mes dilemmes et mes angoisses, elle se mettait à me questionnait sur mon métier, mon âge et les raisons de ma venue !

Dans un élan de rébellion, je lui rétorquai qu’il était de son devoir de médium de répondre elle-même à ces interrogations.

Sur quoi, Irma m’annonça sans autre forme de procès que visiblement, l’un de mes chakras était très sale, et que ça me ferait du bien de le nettoyer.

C’est compris dans la séance à 50 dollars ? m’enquis-je, main sur le portemonnaie.

Non, c’est 30 dollars de plus, mais ça serait vraiment nécessaire à votre évolution, me répondit-elle avec la certitude de l’évidence.

Dans mes tempes, le sang menaçait de crever l’épiderme si je n’envoyais pas immédiatement un missile en réponse à l’affront dont je venais d’être victime. Je rétorquai alors à ma voyante que comme convenu, j’étais arrivée avec 50 dollars en poche et que je ne savais pas multiplier les billets.

Sans lui laisser le temps de répliquer, j’ajoutai que son argument pour empocher 30 dollars supplémentaires manquait de cohérence. Je lui rappelai alors qu’à mon arrivée dans sa roulotte, elle avait fait état de la grande pureté de mon aura, ce qui était manifestement incompatible avec la soudaine saleté de l’un de mes chakras.

J’avais fait mouche, c’était certain, car Irma commençait à souffler lentement par la bouche, et je devinai – sans doute les dons médiumniques qui commençaient à se développer – qu’elle avait mangé des nuggets de chez Mac Do au déjeuner.

Elle étala quelques cartes en cercle sur son bureau, qu’elle retourna en me demandant si personne n’était mort d’un cancer dans ma famille et si je n’avais pas un problème à régler avec ma mère.

Heureusement pour nous deux, la 30e minute de l’entretien finit par se pointer. Alors que je payais Irma à contrecœur pour son travail de mauvaise qualité, elle décida qu’il n’était pas trop tard pour cracher son venin en direction de ma vie sentimentale.

Tournant son regard de crotale vers Etalon – qui venait d’assister à l’intégralité des 30 minutes d’arnaque d’un air navré – elle annonça, dans un accent américain épais : « Vous avez de la chance d’avoir trouvé un homme doté d’une si belle énergie ». Et je suis certaine qu’elle poursuivit mentalement sa phrase par les mots : « vous dont le chakra est si sale ».

Elle reprit : « son cœur est pur et il est prêt à s’engager pour vous », avant de se taire quelques secondes, de me regarder à nouveau, et de conclure : « En revanche, je ne peux pas en dire autant de vous. Vos sentiments sont flous, votre cœur n’est pas ouvert. Vous ne savez pas ce que vous voulez ».

Et voilà comment Irma l’incompétente a tenté de se venger de mon impertinence. En insinuant dans l’esprit – heureusement inébranlable – d’Etalon, que sa nana avait un sale chakra et qu’elle n’était pas sincère dans ses sentiments pour lui.

C’est moche, je ne vous le fais pas dire. Pas fair play du tout de la part de la vieille Irma. Un peu plus et elle me jetait un sort, nous maudissant moi et ma descendance pour cette vie-là et toutes les réincarnations futures.

Comme vous l’aurez constaté, ce jour-là, dans ma quête de Vérité, de Lumière et d’Absolu, j’ai flirté avec l’obscurantisme.

Alors, pourquoi je vous raconte tout ça ?

Eh bien pour illustrer l’ésotérisme et l’usage de l’inconscient dans ses aspects les plus sombres.

Dans ma section Révéler Sa Créativité, je vous expliquerai qu’il est possible d’utiliser l’inconscient autrement, dans l’optique de résoudre certains questionnements personnels, sans se prétendre médium ou disposer de dons divinatoires particuliers.

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •